Un enfant de cinq ans, face à un défi qu’il ne comprend pas, progresse plus vite s’il manipule des cubes ou teste ses propres hypothèses que s’il écoute passivement une explication. Pourtant, dans bien des écoles, le jeu reste confiné à la récréation, considéré comme un luxe ou une perte de temps par certains acteurs de l’éducation.
Pourtant, la recherche scientifique est formelle : l’apprentissage s’ancre bien plus solidement quand il s’appuie sur le jeu, sur ces moments où l’élève touche, essaie, recommence, invente. Dès lors, familles et enseignants se retrouvent face à la nécessité de réinventer leurs pratiques pour répondre aux besoins réels des enfants.
Pourquoi le jeu occupe une place centrale dans l’apprentissage
Le jeu ne se limite pas à l’amusement : il constitue le véritable moteur de l’apprentissage dès le plus jeune âge. Cette activité, bien plus riche qu’il n’y paraît, mobilise l’intelligence, les compétences sociales et la motricité. À l’école, les situations ludiques donnent corps aux savoirs et nourrissent la motivation. L’enfant, en jouant, observe, expérimente des règles, prend des décisions, fait l’expérience de l’échec et rebondit.
Le jeu structure les apprentissages de façon naturelle. De nombreuses études le confirment : apprendre activement, en situation réelle, permet de mieux retenir et de comprendre en profondeur. Le learning through play, ou apprentissage par le jeu, donne à l’élève la possibilité d’aborder des notions abstraites via des expériences concrètes. Cette démarche stimule la curiosité, encourage la persévérance et développe le sens de la résolution de problèmes.
Voici quelques exemples de compétences que les enfants développent grâce à la diversité des jeux proposés :
- Développer la communication et l’écoute des autres
- Comprendre et respecter les règles, gérer les désaccords
- S’adapter à des situations nouvelles, faire preuve de flexibilité
La coopération s’impose alors comme une valeur centrale, surtout dans la petite enfance. À travers le jeu, les enfants apprennent à partager, à négocier, à ajuster leurs réactions en fonction de leurs camarades. Ces apprentissages, vécus dans la joie d’un jeu collectif ou d’une construction partagée, s’inscrivent durablement dans leur parcours, tant sur le plan scolaire que social.
Les grandes théories qui expliquent l’apprentissage par le jeu
La théorie de l’apprentissage par le jeu se situe à la croisée de la pédagogie et de la psychologie. Pour des chercheuses comme Hirsh-Pasek et Golinkoff, tout l’enjeu réside dans la structuration du jeu : lorsque les activités ludiques obéissent à des règles claires et s’inscrivent dans une intention pédagogique, elles décuplent leur impact sur les apprentissages. Le jeu n’est plus alors une simple distraction, mais un levier pour explorer, comprendre et grandir.
Mettre en place un cadre adapté favorise l’acquisition de compétences fondamentales. Les modèles anglo-saxons du learning through play insistent sur un principe : l’enfant apprend en expérimentant activement, en relevant des défis, en collaborant avec ses pairs. Les approches inspirées de Piaget, Vygotski ou Montessori placent l’expérimentation et l’autonomie au centre du parcours éducatif. L’enfant avance, tâtonne, construit ses connaissances en lien avec son entourage et son environnement.
Différentes formes de jeux apportent chacune leur lot de bénéfices :
- Les jeux libres stimulent la créativité et l’esprit d’initiative
- Les jeux éducatifs permettent d’intégrer savoirs et compétences sociales
- Le respect des règles partagées renforce l’écoute et la logique
La recherche contemporaine, portée notamment par les travaux d’Hirsh-Pasek et Golinkoff, promeut une approche réfléchie du jeu dès les premières années de scolarité. La théorie de l’apprentissage par le jeu met en lumière la construction progressive de l’intelligence et la naissance de la coopération et de la pensée critique.
Apprendre en jouant : quels bénéfices concrets pour les enfants et les adultes ?
Le jeu insuffle un souffle nouveau dans toutes les formes d’apprentissage, à tout âge. Pour les enfants, il constitue une porte d’entrée vers le développement cognitif et social. Manipuler des objets, inventer des règles, résoudre des défis : chaque situation sollicite la mémoire, l’ingéniosité, la capacité à anticiper. Dès la maternelle, les activités ludiques stimulent le langage, la confiance en soi, l’autonomie. Jouer, c’est apprendre à gérer la frustration, à écouter, à travailler avec les autres. L’apprentissage prend racine dans le plaisir et l’expérience.
Chez l’adulte, le jeu conserve toute sa puissance. Les jeux de société, le jeu vidéo ou les simulations utilisées en formation professionnelle développent l’esprit d’équipe, la souplesse intellectuelle, la capacité à s’adapter. Résoudre des problèmes devient plus naturel, l’engagement s’en trouve renforcé. Les neurosciences l’attestent : apprendre par le jeu, même à l’âge adulte, améliore la mémorisation et la consolidation des acquis.
Voici plusieurs types de jeux ou d’expériences qui illustrent ces bénéfices :
- Les jeux coopératifs renforcent la communication et l’art de gérer les désaccords
- Les jeux à visée pédagogique ciblent des compétences spécifiques, comme la logique ou la stratégie
- Les expériences immersives encouragent la prise d’initiative et la découverte
Le learning through play, c’est la promesse d’une éducation ancrée dans l’action, l’expérimentation, l’envie d’essayer. Pour l’enfant comme pour l’adulte, le jeu devient un terrain d’apprentissage, à l’école comme dans la vie professionnelle.
Parents et éducateurs : comment encourager efficacement l’apprentissage par le jeu au quotidien
Parents et enseignants font face à un défi de taille : intégrer des activités ludiques au quotidien sans tomber dans la facilité du simple divertissement. La clé ? Oser la diversité : jeux de construction, jeux symboliques, jeux de rôle, activités manuelles, défis mathématiques ou explorations sensorielles. À la maison comme en classe, il s’agit de multiplier les occasions où l’enfant peut tester, manipuler et inventer.
Quelques pistes à explorer pour enrichir l’expérience de jeu :
- Adapter les jeux éducatifs à l’âge et au contexte : puzzles, jeux de plateau, missions coopératives ou supports numériques soigneusement choisis
- Créer un espace où l’enfant se sent libre d’expérimenter, de manipuler et d’inventer ses propres règles. Cette liberté nourrit l’autonomie et la confiance
- Favoriser le dialogue autour du jeu : interroger, valoriser la prise d’initiative, accompagner la recherche de solutions
Mettre en place un cadre souple, où l’erreur devient source d’apprentissage, transforme l’expérience éducative. L’adulte guide sans imposer, observe attentivement et soutient les essais de l’enfant. À l’école maternelle, la régularité des temps de jeu structure la journée, rend l’apprentissage tangible et vivant. Parfois, laisser le temps filer, accepter le silence ou les détours, c’est ouvrir la porte à de véritables découvertes.
Au bout du compte, le jeu ne s’arrête pas à la porte de la classe ou au seuil de l’enfance : il accompagne chaque étape de la vie, fait jaillir l’envie d’apprendre et donne à chacun l’élan pour explorer le monde autrement. La prochaine fois que vous verrez un enfant plonger dans un jeu, souvenez-vous : il est peut-être en train d’apprendre bien plus qu’il n’y paraît.

